L'anecdote. Au cours d'une visite, d'un voyage, dans un livre, un film il y a toujours quelque chose qui saute aux yeux, un petit quelque chose que l'on pourrait qualifier d'anodin mais qui vous interpelle, un détail, une peinture, un parfum, que sais-je, anecdotique certes, mais qui restera un point d'ancrage dans votre mémoire en rapport avec le lieu, le livre, le film...Ici c'est une photo, une citation dans une expo tout en haut du Mont Ventoux qui m'a interpelée.
Oui oh là ! ça va ça va ! je le sais que la photo est floue ! Désolé j'ai pas fait exprès ! Voici le texte:
- Selon Darwin la loi du plus fort serait le moteur de l'évolution. Nous vivrions alors dans une nature cruelle mut par le seul instinct de survie de l'espèce et de l'individu. Plaisons nous à croire un instant qu'il en fut autrement et qu'une raison du plus faible existe...
Tout au long de l'histoire de la vie sur terre, la ou les plus gros et les plus forts n'ont pus sa résister ... Ce sont souvent les créatures les plus humbles qui ont survécu. C'est aussi parmi les plus faibles que sont nées les plus belles histoires de solidarité. Et c'est enfin chez les plus vulnérables que l'ingéniosité adaptative a développé ses plus grandes inventions -
La raison du plus faible
Jean-Marie Pelt
Certes, selon vos goûts et passions, vous allez me dire "intéressant ! " ou bien "ok d'accord, y a pas de quoi en faire un fromage" Et bien personnellement, ce passage d'un livre a toqué à ma petite tête surtout "les plus faibles que sont nées les plus belles histoires de solidarité." et "les plus vulnérables que l'ingéniosité adaptative a développé ses plus grandes inventions" A partir de là, je me suis dis, il faut que je lise un peu cet auteur, et chemin faisant, me suis décidé à partager quelques extraits avec vous.
Jean-Marie Pelt a écrit trois volumes, une trilogie : La Loi de la jungle, La Solidarité et La Raison du plus faible, pour but de montrer que la nature ne se réduit pas au règne des plus forts comme le sous-entend Mr Darwin, il met aussi en œuvre des mécanismes d'inhibition de l'agressivité, de coopération et de solidarité. Bref, ce n'est pas passionnant en soi, mais il suffit d'ouvrir le dernier volume "La Raison du plus faible" et vous voilà captivé par les exemples multiples expliqués par l'auteur où le fort est, au mieux, allié au faible, et même en symbiose, au pire (pour lui) tributaire de ce dernier. De la bactérie originelle jusqu' à l'homme, tous les règnes y passent.
On connait tous la fable du chêne et du roseau (
clic) le faible se plie et résiste au vent tandis que le fort... Je vais vous citer trois exemples assez originaux, pas plus, pour ne pas vous lasser, lus dans ce livre.
L'exemple du champignon.
Lorsqu'on retourne le sol, on peut voir ces filaments blanchâtres qui sont en fait des réseaux micellaires. Certains de ces champignons pour exister ont une fonction indispensable au chêne vert : ils puisent la nourriture carbonée dans les racines des arbousiers, arbustes caractéristiques du maquis corse. Celui-ci se trouve alors défavorisé au profit du chêne, et l'on passe du maquis à la forêt. Les champignons alimentent si généreusement les chênes verts que ceux-ci finissent par prendre la place des arbousiers.
Assistance mutuelle entre faible et fort mais au détriment de l'arbousier ! Cruelle nature.
Plus cruelle encore ici les mouches minuscules de la famille des Cécidomyidés (Cécidomyidés: ne cherchez pas à comprendre, c'est juste décoratif)
Ces mouches s'attaquent aux champignons, et non l'inverse, comme le ferait croire le nom de l'amanite tue-mouches qui, en réalité, n'en tue aucune. Ces mouches ont deux modes de vie différents : elles sont capables de se reproduire sexuellement, comme tout un chacun, en formant des œufs; mais d'autres ne suivent pas ce processus habituel : elles ignorent la sexualité. Ces femelles ne pondent pas d'œufs mais transforment des cellules de leur abdomen en embryons qui se développent à l'intérieur du corps de la mère, trop jeune pour avoir formé un utérus, et donc incapable de les nourrir. Aussi, pour assurer leur croissance, dévorent-ils les entrailles de leur génitrice jusqu'à la vider de toute substance. Lorsqu'ils naissent, quelques jours plus tard, après avoir envahi le corps de la malheureuse, il ne reste d'elle, leur unique parent, que l'enveloppe chitineuse, ce squelette externe léger propre aux insectes et si différent de la lourde charpente des vertébrés. Car les insectes ont leur corps dans leur squelette quand les vertébrés ont leur squelette dans leur corps…
Troisième et dernier extrait de ce petit trésor de vulgarisation bio. Celui-ci plaira à tous j'en suis sûr:
L'exemple du calamar hawaïen au clair de lune.
C'est l'histoire d'un calamar hawaïen nocturne: il redoute la lumière du jour pendant lequel il se cache sous le sable. La nuit, monsieur calamar remonte à la surface pour trouver sa nourriture, montée périlleuse pour lui car en se déplaçant à la surface de l'eau, au clair de lune, il projette sur le fond une ombre qui permet à ses prédateurs nageant sous lui de le repérer et de le happer. Le calamar a donc trouvé une parade à cette menace. Il s'est transformé en émetteur légèrement lumineux produisant une lueur diffuse qui se confond avec les reflets de la lune sur l'eau. Impossible dès lors de le repérer et de l'attaquer : il est devenu invisible. Pour produire sa lumière, le calamar a besoin de l'aide d'une bactérie appropriée : Vibrio fischeri, Les vibrions, comme leur nom l'indique, « vibrionnent », affectant la forme d'une virgule. Les jeunes calamars viennent au monde sans leurs vibrions symbiotiques. des processus d'attraction chimique attirent les vibrions vers le calamar qui leur réserve un organe ad hoc. Les vibrions se dirigent vers cet organe spécialisé, s'y introduisent, perdent leur flagelle, s'immobilisent, réduisent leur taille et commencent à émettre une lumière qui se confond avec l'éclat de la lune. Voilà le calamar camouflé et les vibrions à l'abri à l'intérieur d'un hôte qui leur assure protection et nourriture.
Jean-Marie Pelt montre que, dans la nature, la loi du plus fort n’est pas la règle dominante.
À travers de nombreux exemples tirés de la biologie et de l’écologie, il explique que la coopération, la solidarité et l’équilibre sont souvent plus efficaces que la compétition pure.
En dernière partie, il parle de l'homme et compare un "fort" l'éblouissant Napoléon qui voulut conquérir l'Europe par la force mais au final échoua et un "faible" le mal connu Robert Schuman à l'origine de la construction européenne par son discours historique du 9 mai 1950.
Mais le monde ne reconnaît pas que la force morale. Il aime les héros, auraient-ils couché des millions de morts sur les champs de bataille. En France, Napoléon est de ceux-là tandis que le discret Robert Schuman n'occupe qu'un très humble strapontin dans la considération de nos concitoyens...
Voilà ! J'avais à cour de parler de ce livre avec vous mais je ne vous en tartine pas davantage !
ADDENDUM.Suite aux commentaires avisés concernant la justesse du texte inscrit sur la pancarte, je rajoute cette correction. Ce texte, je l'ai cherché dans le livre (numérique) de J-M Pelt sans le trouver, et ça me tracassait un peu. J'ai donc cherché sa provenance sur le net et j'ai trouvé. Il s'agit d'une "adaptation" très approximative de la quatrième de couverture:
Alors que l'on s'apprête à célébrer en 2009 le cent cinquantième anniversaire de la théorie de l'évolution fondée par Darwin dans L'Origine des espèces, ce nouvel essai de Jean-Marie Pelt s'emploie à récuser la fameuse " loi de la jungle " qui, dans une nature réputée " cruelle ", serait le seul moteur de l'évolution. Il montre qu'il existe une raison du plus faible : tout au long de l'histoire de la vie sur terre, des premières bactéries jusqu'à l'homme, là où les plus gros et les plus forts n'ont pas su résister aux grands cataclysmes et aux changements climatiques, ce sont souvent les créatures les plus humbles qui ont survécu. C'est aussi parmi les plus faibles que sont nées les plus belles histoires de solidarité, par la symbiose. C'est enfin chez les plus vulnérables que l'ingéniosité adaptative a développé ses plus belles inventions. Notre société humaine, livrée à un esprit de compétition exacerbé, où les " tueurs " de la guerre économique sont venus renforcer les rangs des guerriers dans la lutte pour le " toujours plus ", est promise aux mêmes cataclysmes, financiers ou nucléaires, si elle n'entend pas cette leçon de la nature qui fait de l'égoïsme la maladie mortelle des plus forts et de la solidarité la force indéfectible des faibles. Dans cet ouvrage fourmillant d'anecdotes puisées au cœur du monde végétal et animal, Jean-Marie Pelt s'en donne à cœur joie pour nous raconter l'extraordinaire énergie des petits, réputés faibles...
(https://www.fayard.fr/livre/la-raison-du-plus-faible-9782213636863/)
Ou dans la version poche:
Plus de cent cinquante ans après la publication du célèbre ouvrage de Darwin, De l'origine
des espèces, Jean-Marie Pelt s'emploie à récuser la fameuse « loi de la jungle » qui, dans une nature réputée « cruelle », serait le seul moteur de l'évolution. Il existe bien une raison du plus faible: tout au long de l'histoire de la vie sur Terre, des premières bactéries jusqu'à l'homme, là où les plus gros n'ont pas su résister aux cataclysmes et aux changements climatiques, ce sont souvent les créatures les plus humbles qui ont survécu. Notre société humaine, dans laquelle règne un esprit de compétition exacerbé, court à la catastrophe si elle n'entend pas cette leçon de la nature qui fait de l'égoïsme la maladie mortelle des puissants et de la solidarité la force des faibles.
Un ouvrage fourmillant d'anecdotes puisées au cœur du monde végétal et animal. (https://www.cultura.com/p-la-raison-du-plus-faible-9782253129745.html?mkpOffer=disabled)
Voilà donc la loi de la jungle transformée empiriquement en loi du plus fort et le sens du texte en est erroné. Merci à Siu et à LGDA.
Ha Philfff, wat leuk, dat je zo enthousiast bent over het boek van Jean-Marie Pelt en dat je er zo levendig over kunt vertellen.
RépondreSupprimerDaarom houd ik ook zo van de diverse blogs die ik lees. Sommige heel interessant, andere gewoon een beetje grappig en weer andere heel erg mooi. Voor elk wat wils.
Dank je wel voor je boeiende verhaal...
Groetjes van Marlou
Goedenavond Marlou! Ik vind dit onderwerp erg boeiend, maar ik begrijp dat niet iedereen hierin geïnteresseerd is. De natuur blijft me verbazen! Groeten uit de Provence!
SupprimerHeureusement que la loi du plus fort n'est pas la règle dominante...
RépondreSupprimerOn serait tous fichus ;) pour ne pas employer le mot f.....
Et heureusement il y a des auteurs qui pensent à ces questions philosophiques !
Et des blogguers qui en parlent :)
Bises et bonne journée !
Anna
Oh que tu as raison Anna ! Mais pour le moment, quid de Trump ? Bonne soirée ! Bises de Provence !
SupprimerBonne idée de relire Jean Marie Pelt
RépondreSupprimerAh Ah ah mdr ! 😂 c'est une phrase de première de la classe ça ! Moi si j'avais été plus studieux à l'école, j'aurais été arbrologue ! Bisous Miriam ! 😘
SupprimerAlors va voir Hallé, autre arbrologue. Tu peux aussi l'écouter en podcast RadioFrance
SupprimerJ'y vais ! Merci Miriam !
SupprimerCher Jean-Marie Pelt ! j'aimais tellement l'écouter lorsqu'il passait sur France-Inter toutes les semaines. Je note ce titre, mais un autre ferait tout autant l'affaire, pourvu qu'on ne l'oublie pas. Bonne journée.
RépondreSupprimerJ'ai choisi celui-ci car j'étais intrigué par la complexité des moyens mis en œuvre par les "plus faibles" Bonne journée Aifelle.
SupprimerBonjour Philfff,
RépondreSupprimerHeureusement que la raison du plus fort ne l'emporte pas sur celle du plus faible !
Jean-Marie Pelt , je n'ai jamais rien lu de lui, j'ai sûrement eu tort, mais j'ai le vague souvenir de l'avoir entendu à la radio ou vu à la télé, c'était un érudit sans conteste.
Bon week-end,
Ici le ciel est gris et c'est tristounet,
MF
Re-bonjour,
SupprimerCoïncidence inouïe, j'ai vu à la télé ce midi une émission qui relatait la vie et l’œuvre de Robert Schuman !!!
Je suis comme toi MF, JM Pelt m'était inconnu avant cet écrit, vu au Mont Ventoux qui m'avait interpelé. J'adore quand je vois un petit bout qui dépasse (une anecdote) tirer sur la pelote pour dérouler et apprendre.
SupprimerBonjour Philfff.
RépondreSupprimerIntéressant ton article.
J'espère que ta semaine c'est bien passée et que tu vas bien.
Pour nous ça a été le train train habituel.
Il a fait des jours chauds pour la saison et d'autres jours un peu moins.
La neige commence a disparaitre et c'est signe que le Printemps va arriver.
Voila un nouveau week-end, je te le souhaite agréable.
Bisous de nous deux.
Heureux que tu vas bien Jacques et que la météo se radoucit ! Bon dimanche !
Supprimer" Selon Darwin la loi du plus fort serait le moteur de l'évolution. Nous vivrions alors dans une nature cruelle mut par le seul instinct de survie de l'espèce et de l'individu. Plaisons nous à croire un instant qu'il en fut autrement et qu'une raison du plus faible existe..."
RépondreSupprimerDarwin n'a jamais écrit ça.
Il a dit "le moteur de l'évolution est l'adaptation, seule capable d'assurer la survie de l'espèce"
Si l'animal, quelle que soit sa force est incapable de s'adapter à son environnement quand celui-ci change, il disparaîtra, la seule façon de survivre est la mutation.
Et plus la taille est importante, plus les besoins en nourriture sont importants, toute modification brutale de l'environnement diminue la disponibilité de la nourriture. Plus l'animal est petit, plus il survivra dans un environnement dont les ressources diminuent.
Bonsoir LGDA ! Je pense que tu as certainement raison, il surement dit ça. Et je suis très content que tu soulèves ce problème car j'ai lu le livre de Jean-Marie Pelt et je n'y ai pas retrouvé cette phrase affichée en préambule de cette exposition au Mont Ventoux. Et dire que la loi du plus fort serait le moteur de l'évolution est une interprétation assez caricaturale de la théorie de Darwin. Note que l'auteur de cette pancarte a fait une faute à "mue" qu'il a écrit "mut" ce qui déjà le discrédite et de là à penser qu'il a maladroitement remanié le texte...
SupprimerMerci et bon dimanche !
Je suis l'anonyme au dessus...
RépondreSupprimerMoi aussi je voulais dire que selon Darwin ce n'est pas la force mais l'adaptation celle qui assure la survie des espèces, incapable pourtant de le dire si bien.
SupprimerEt bien sur je ne connaissais pas Jean-Marie Pelt...
Bon week-end à tou.te.s !
siu
Bonsoir Siu ! Oui tu as raison. Je pense que l'auteur de la pancarte n'a jamais lu Darwin. Je ne lui en veux pas, il m'a fait connaitre Jean-Marie Pelt.
SupprimerJ'ai ajouter un addendum suite à vos remarques ! Bises et bon dimanche !
SupprimerVotre article est très instructif et fait penser à beaucoup de choses. La Loi de la jungle, oui sans doute quelque fois, ou souvent, quelque part, mais les faibles peuvent avoir leurs moyens pour survivre. Je ne connaissais pas Jean-Marie Pelt, mais maintenant j'ai lu un article en Wikipedia. Génial.
RépondreSupprimerCe matin, on a encore vu le renard dans le jardin des voisins! Mais pas de sangliers 😀
Bon weekend mon ami Lihp 🙃 🍷 Atir 🥰
Ravi que cela vous a plu ! Je me demande s'il y a des documentaires, je vais checker. Les renards se font discrets ici, nous en voyons rarement mais nous savons qu'ils passent car quelquefois les poulaillers sont visités. Bon dimanche Arit ! 😘
SupprimerRe- bonjour,
RépondreSupprimerJe réponds à ta question à propos de la Casamance :
Je pense que ce sont deux choses complétement différentes, ces enfants posent avec plaisir parce qu'ils sont contents d'avoir reçu des fournitures scolaires de la part de ces Français venus les voir comme chaque année et qui leur distribuent des choses qu'ils n'ont pas chez eux.
Ils sont fiers d'être photographiés.
Merci pour la précision MF. Je n'avais pas pensé à ça, mais ça me parait évident maintenant. Ils sont "mignons tout pleins" dans leurs blouses bleues ! Bon dimanche 😘
SupprimerBonjour Phifff
RépondreSupprimerUne belle analyse que tu as faites avec les passages de ce livre qui me semble formidable et très intéressant et certaines phrases sont d'actualité en ce moment avec toutes ces guerres, beau partage Philippe et soyons forts en ces périodes troubles...
Merci pour ta gentille visite sur mon blog.
Je te souhaite un lundi plein de bonheur, de douceur, que tous tes souhaits se réalisent.
Je t'envoie du soleil de ma petite île ainsi que mon amitié.
Une envolée de gros bisous lumineux de mon ti rocher.
Salut Fany ! La nature nous offre de beaux exemples de symbioses et d'équilibres entre forts et faibles, alors soyons fort oui surement... Bonne journée !
Supprimerbonjour Phifff je ne connais pas cet auteur mais ton billet est super intéressant, j'espère que tu a passé un bon weekend une nouvelle semaine commence, bon Lundi et belle semaine
RépondreSupprimerBonjour Phifff.
RépondreSupprimerUn bel article.
Merci de ta gentille visite qui me fait toujours plaisir.
J'espère que comme nous tu as passé un bon week-end et que tu vas bien.
Nous avons eu des invités Dimanche midi, notre deuxième fils, ses deux fistons et leur cousine.
C'est toujours un plaisir d'être en famille.
Voila une nouvelle semaine qui commence, je te la souhaite agréable.
Bisous de nous deux.