— Hé vé Phil, tu vois ce reportage sur une expo chez moi à Marseille, et bien j'aimerais bien aller y voir. Ça t'intéresserait ?
— Ah oui René ! Detaille ? je ne connais pas mais ça à l'air bien !
— Bon, je te laisse faire, tu organises alors.
— Pas de souci, On y va avec nos femmes, on se fera un petit resto là-bas après !
Marseille, une expo Detaille !
Detaille / de taille : hein elle est bonne non ? Oui à ras les pâquerettes ok. Mais moi j'aime bien, là ça ne m'a pas fait l'effet escompté mais quand je dis une blague nulle à quelqu'un (en le sachant pertinemment) j'adore la façon dont il la reçoit, il s'esclaffe en pensant "qu'il est c.. celui-ci" — oui oui ça se voit dans tes yeux — ou il est plus franc et il me dit avec tact "hum c'est un peu nul non ?" ou même il me dévisage, à savoir si je le fais volontairement ou pas. Et moi c'est ça qui m'amuse ! ah gamin que je suis !
Bon c'est pas tout ça mais j'ai des photos à vous montrer, j'espère que cela vous plaira autant que cela m'a plu. La ville de Marseille organisait du 31/10/25 au 31/10/26 une expo sur une famille de photographes: les Detaille.
Ce sont donc des photos de photos que vous allez voir.
Le Marseille d'il y a longtemps, pendant des périodes troubles, est très présent dans cette mini expo, oui je dis mini car elle aurait pu être le double que cela n'aurait dérangé personne, 164 ans de photos quand même..
Mais d'abord qui est Detaille ? Commençons par le début. Notre ami Félix Tournachon plus connu sous le nom de Nadar, en 1897 ouvre un atelier de photographie à Marseille au 21, rue de Noailles (rue depuis englobée dans la Canebière, donc le studio serait maintenant au 77, Avenue Canebière, je dis ça juste pour que vous situiez mieux, si vous avez le plan en mains).
Mais Nadar commence à avoir de l'âge et parle à Frédéric Boissonnas, un photographe suisse, je suis fatigué, veux-tu reprendre mon affaire ? Ce dernier accepte, il a un élève qui a du talent à placer: Fernand Detaille. Fernand et Frédéric reprennent l'atelier de Nadar en 1901, puis Ferdinand Detaille tout seul en 1910.
DIORAMA NOAlLLES - CANNEBIERE
OFFICE DE LA PUBLICITÉ LUMINEUSE
NADAR PERE CREATEUR DE LA PHOTOGRAPHIE NADAR DE PARIS
BOISSONNAS ET DETAILLE SUCC.
MARSEILLE
Rue de Noailles
21
TÉLÉPH. 15-47.
On dit que Marseille est la porte
de l'Orient, le rendez-vous de tous ceux
qui s'intéressent au Commerce et à l'
Industrie, qu'y faire de la réclame, c'est
le faire à la fois dans le monde entier
Voilà commence l'histoire marseillaise de cette famille qui continuera le métier jusqu'à nos jours, Fernand, puis Albert, et enfin Gérard, photographe et commissaire de l'exposition.
Allez, je vous laisse regarder les photos. Mais pas de panique ! pas toutes ! J'ai choisi la période "Ville Ancienne" surreprésentée, c'est vrai parce que le "boss" c'était quand même Fernand.
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| La rue de Noailles avec les Nouvelles Galeries, au début et La Canebière ensuite. Juste avant les NG, doit se trouver le studio de Fernand Detaille. |
"Les Nouvelles Galeries
Construit en 1894 sur la Canebière, l'immeuble des Nouvelles Galeries, vaste bâtiment à ossature métallique et verrières, abrite l'un des principaux magasins marseillais. Le 28 octobre 1938, un incendie le ravage, détruisant commerces et boutiques et bouleversant durablement l'activité du centre-ville."
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L'incendie des Nouvelles Galeries, le 28 Octobre 1938 Photographie Fernand Detaille. |
"Le Building Canebière
Photographie Albert Detaille
Entre 1947 et 1952
Fonds Detaille-Musée d'Histoire de Marseille"
"Le 23 octobre 1938 les Nouvelles Galeries brûlent. Entre 1947 et 1952, Fernand Pouillon et René Egger construisent sur cette parcelle un immeuble de logements et de bureaux, qu'ils nomment << le building Canebière ». Avec sa façade rythmée selon une trame horizontale régulière, l'immeuble se distingue dans le tissu ancien de la plus célèbre artère de Marseille."
On peut voir collé au nouveau bâtiment, avant les bureaux du journal "Le Méridional" la façade du Studio Detaille.
Métiers d'autrefois.
En haut: "Spéléologue photographié en studio. Vers 1940."
En bas:"Bassin de radoub. Inspection de la coque d'un navire par un scaphandrier avant mise en cale sèche. Photographie Fernand Detaille. 1905.
Ah et bien déjà les tags sur les murs en 1905 ! Qui a dit "c'était mieux avant" ?
Marchande de champignons
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| Le canal de la Douane. Photographie Fernand Detaille. Vers 1912. |
Le canal de la Douane était vieux comme le monde: en 1488, le roi Charles VIII décide de faire du quartier bordant le Vieux-Port, une remise pour ses galères avec des tercenaux. Il s'en passa des choses depuis !
(si ça vous intéresse c'est ici, clic !) Toujours est-il que beaucoup plus tard le canal sera comblé, deviendra pour une partie le cours (on dit courss, chez nous) Estienne-d'Orves.
Et sur ce beau cours, sera monté un parking d'une laideur inimaginable; Voyez plutôt:
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"Parking aérien Honoré-d'Estienne d'Orves Photographie Albert Detaille. Vers 1966." |
Mais heureusement en 1987, le conseil municipal vote son remplacement par un parking souterrain ! Il sera remonté pour devenir le parking-relais de la RTM (Métro La Rose pour ceux qui ont gardé le plan de Marseille sous les yeux).
Plus sérieusement, photo de personnalités.
"Visite officielle du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, accueilli à Marseille par Louis Barthou, ministre français des Affaires étrangères, le 9 octobre 1934
Photographie Fernand Detaille.
Cette rencontre avait pour but de renforcer l'alliance franco-yougoslave. Lors de leur arrivée, les deux hommes sont assassinés par un nationaliste croate, provoquant une crise internationale majeure.
Fonds Detaille - Musée d'Histoire de Marseille"
Ah ! Le Vieux-Port !
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| Deux gabiers rangeant ou réparant les voiles sur le mât beaupré d'un voilier. Au fond on voit le pont transbordeur. |
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| Le Pont transbordeur. Une nacelle suspendue sous le tablier du pont permet de traverser le bassin du port entre les quais nord et ceux du sud. Construit en 1905, il fut détruit par les allemands en 1944. Photographie Fernand Detaille. Se dessine au loin, la Bonne Mère. |
En haut: Visite de Maréchal Pétain, le 4 décembre 1940.
En bas: Un bout d'une vue du quartier derrière le Vieux-Port après sa destruction en 1943.
Photographies Fernand et Albert Detaille.
"La destruction du quartier du Vieux-Port en 1943
Photographie Fernand et Albert Detaille 1943-1944
Entre le 22 janvier et le 1er février 1943, le quartier de l'Hôtel de Ville, autour du Vieux-Port de Marseille, fut détruit par les autorités allemandes avec la collaboration du régime de Vichy. Sous les ordres du général Oberg et du préfet René Bousquet, une vaste opération de « nettoyage » fut menée, officiellement pour éliminer un « repaire de criminels ». Le 22 janvier, une grande rafle entraîna l'évacuation de plus de 20 000 habitants et la déportation d'environ 2 000 personnes. Dans les jours suivants, près de 1500 immeubles furent dynamités, effaçant le plus ancien quartier de Marseille."
Oui, destruction du plus ancien quartier de Marseille.
Dans le quartier du Panier, une plaque avec une statue a été posée, elle dit ceci:
Le samedi 23 janvier 1943, les Vieux-Quartiers du Vieux-Port, berceau de la Ville, sont encerclés par les troupes allemandes. Des arrestations massives sont menées sous la surveillance des autorités nazies et de collaboration françaises réunies à l'Hôtel de Ville.
Le 24 janvier 1943, les 20000 habitants du Quartier Saint-Jean sont raflés. 15000 hommes, femmes et enfants sont transférés de force dans des camps à Fréjus.
Le 1er février 1943 commence la destruction du quartier par dynamitage.
Elle durera 17 jours. 50 rues et 1500 immeubles disparaissent, 14 hectares de ruines bordent le Vieux-Port. En tout, 2000 personnes furent déportées dans les camps de concentration et d'extermination depuis Compiègne et Drancy vers Sachsenhausen, Mauthausen, l'île d'Aurigny, Buchenwald, Sobibor et Auschwitz. Marseille et les Marseillais.es furent victimes de crimes contre l'humanité.
Parcours mémoriel inauguré par
Benoît PAYAN,
Maire de Marseille
lors de la cérémonie de commémoration des 80 ans des rafles de Marseille et de la destruction des Vieux-Quartiers
le dimanche 29 janvier 2023.
La justice française a officiellement qualifié de crime contre l'humanité les rafles du Vieux-Port de Marseille en janvier 1943, lors d'un verdict rendu le 30 septembre 2026. Ouaip, y a pas longtemps !
Sur ce mur, plusieurs petits formats montrent l'après destruction. En haut, la montagne de décombres près du Vieux-Port, on voit ce qu'il reste du pont transbordeur. Au milieu, le Vieux-Port et l'autre "bout" du pont. En bas à gauche, l'autre morceau de photo vue au dessus et à droite un FFI en train de peindre une étoile blanche sur une voiture.
Après, la reconstruction.
Le quartier derrière la Bourse est déblayé, on y fait des fouilles. Au fond, là-bas si vous tournez à droite, vous arrivez sur le Vieux-Port.
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Fouilles du site de la Bourse. Photographie Albert Detaille. Octobre 1968. |
Le cas de l'hôtel de Cabres.
"L'hôtel de Cabre après les destructions du quartier du Vieux-Port de 1943
Photographie Albert Detaille
1947
Fonds Detaille - Musée d'Histoire de Marseille
Pendant la Reconstruction, en 1954, la maison de 650 tonnes est déplacée d'un bloc et tournée de 90° afin de rentrer dans l'alignement de la Grand-Rue."

"Le terrain vague derrière la Bourse. En arrière-plan l'Hôtel des Postes
Photographie Fernand Detaille Vers 1925"
— Vé tu vois Phil, c'est là que j'ai commencé à travailler à la Poste.
"Marthe Ergens interprétant La Marseillaise en brandissant le drapeau français au moment des fêtes de la victoire de 1918 Photographie Fernand Detaille"
J'étais étonné de ne pas voir davantage de vues de Notre Dame de la Garde, j'ai demandé, on m'a indiqué la seule photo ci-dessous. Elle doit dater des années 1860/70, Detaille n'était pas encore là, cette épreuve sur verre devait appartenir à un photographe qui a légué ou donné au Fonds photographique de Marseille, peut-être Adolphe Terris.
Cette épreuve sur verre représente la consécration de la Bonne Mère pendant sa construction.(En mauvais état certes, mais elle existe !) Mais je regrette qu'il n'y a pas plus de photo de la Bonne Mère !
— Alors René ? Elle était bien cette expo !
— Oui, mais il manque beaucoup de quartiers ! celui où j'ai passé mon enfance n'y est même pas ni celui de Catoun, elle n'a rien vu !
— C'est vrai tu as raison, c'est ciblé sur certains points mais on n'y voit pas la vraie vie des marseillais, dommage.
Toutes les photos proviennent du Fonds Detaille - Musée d'Histoire de Marseille
À + !
Comme toujours l'écriture en italique et de cette couleur indique la retranscription d'un cartel, d'une explication donnée près de l'œuvre ou bien d'un extrait de livre d'un auteur mais certainement pas de moi.
Liens:
DETAILLE.pdf