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mercredi 7 octobre 2026

L'ANECDOTE. LA POUPÉE D'OSKAR.

  L'anecdote. Au cours d'une visite, d'un voyage, dans un livre, un film il y a toujours quelque chose qui saute aux yeux, un petit quelque chose que l'on pourrait qualifier d'anodin mais qui vous interpelle, un détail, une peinture, un parfum, que sais-je, anecdotique certes, mais qui restera un point d'ancrage dans votre mémoire en rapport avec le lieu, le livre, le film...

Ici, vu la taille de l'objet qui attisa ma curiosité, pouvais-je parler de détail ? Élégante, élancée, elle était allongée  dans une pose un peu trop rigide pour être qualifiée d’alanguie, nue, effaçant par sa seule présence toute la beauté de ce banc conçu par l'architecte et designer Josef Hoffmann  pourtant magnifique, pour le Dr Hermann Wittgenstein exposé au Leopold Museum de Vienne. 

Ce banc a été conçu par l'architecte et designer Josef Hoffmann (1870-1956) en 1905-1906 pour l'appartement du médecin Hermann Wittgenstein (1879-1953)

C'est dans mes contemplations de ces ameublements inédits créés au temps de la Sécession Viennoise,  que j'aperçus ce mannequin, Holà ! pensais-je, il fallait que je me renseigne sur la raison d'être de cette présence incongrue sur le banc d'un docteur certes mais quand même ! en prenant la photo devant le regard exaspéré de ma moitié et celui soupçonneux d'un jeune couple, se méprenant sur mon état d'esprit.

Cette présence, l'appris-je plus tard, est en fait le rappel d'une histoire liée à un artiste : 

Oskar Kokoschka (1886-1980) connu surtout pour ses peintures mais aussi écrivain. 

Voilà.

Il était, donc, une fois un jeune peintre, passionnément amoureux d' Alma, la séduisante veuve du célèbre compositeur Gustav Mahler de sept ans son aînée.

En 1912, il devint son amant, l'aimant passionnément, il produira des dizaines de portraits, tableaux, dessins, aquarelles, etc. Un amour possessif ! mais la belle Alma n'est pas la femme d'un seul homme et, épuisée par l’amour exacerbé d’Oskar, elle le quitte deux ans plus tard. Le peintre est, vous vous en doutez, inconsolable !

Bon. Et bien nous sommes en 1915 : Il part à la guerre dans l'armée austro-hongroise dont il ramène quelques souvenirs : une balle dans la tête et une baïonnette dans la poitine. Il s'installe à Dresde et, l'inconsolable toujours inconsolé commande en 1918, à Hermine Moos, fabricante de poupées, décors de théâtres entre autres, basée à Munich, la fabrication d'une poupée grandeur nature, copie de sa chère Alma afin de combler le grand vide qu'elle a laissé.

Il était explicite dans ses souhaits que la poupée puisse tromper les sens et être pleinement « opérationnelle », comme un vrai corps de chair pourrait l’être. « S’il te plaît, rends possible », écrivit Kokoschka, « que mon sens du toucher puisse prendre plaisir dans ces parties où les couches de graisse et de muscle cèdent soudain la place à une couche sinueuse de peau. »

La correspondance entre la fabricante et son client bien conservée relate des demandes très explicites sur les divers orifices qui doivent exister … oui vous pensez comme moi : une poupée gonflable avant l'heure ! Bref.

La poupée finit par être finie (oui pas finaud comme tournure mais moi j'aime bien) en 1919. Dès qu' Oskar la reçoit il est déçu. (Là, Hermine Moos remonte dans mon estime : un simple poupée aurait été en latex, mais sa Alma est une œuvre d'art, et une œuvre ça force le respect, enfin c'est mon simple avis) Il l'a gardera tout de même.

Je vous fait grâce de sa destinée de 1919 à sa fin, sachez qu'elle apparaît dans des peintures et dessins de l'artiste.

Au petit matin, des passants aperçoivent dans un jardin un femme décapitée inondée de sang. Oui c'est elle. Pendant un fête chez lui, ivre, Kokoschka décapita la poupée et versa sur elle du vin rouge

 « Je voulus mettre fin à l’existence de ma compagne (j'aime bien le terme !) sur laquelle couraient tant d’histoires étranges à Dresde lors d’une grande fête… La police sonna à la porte très tôt le lendemain matin … on leur avait dit qu’il y avait un cadavre dans le jardin… nous descendîmes, toujours en robe de chambre, dans le jardin où était étendue la poupée, comme inondée de sang, la tête arrachée… Le service de nettoyage enleva dans le matin gris le rêve du retour d’Eurydice. La poupée était une effigie qu’aucun Pygmalion n’avait éveillée à la vie. » — Kokoschka, Oskar (1971). Mein Leben, trad. frs. Ma vie, 1986, PUF, Paris.



Photographie de la poupée réalisée par la marionnettiste Hermine Moos pour Oskar Kokoschka, représentant Alma Mahler. Auteur inconnu. (DP Wikimedia commons)
Quand l’artiste autrichien ...Historia

Voilà voilà. Mais me direz vous : Alors ? Qu'est-ce que cette copie fait là sur le banc du docteur ? Et bien je suis comme vous, je m'interroge et ne peux répondre assurément, sauf peut-être à remémorer cette partie de la vie excentrique d'Oskar Kokoschka. Sur la photo je m'aperçois de l'existence d'un cartel avec une photo à gauche : j'ai dû en louper la lecture !


A + !

Quelques liens pour aller plus en détails:





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